Les plumes qui grincent

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TROU D'CUL

 

Mon trou d’cul à moi compte quinze mille habitants. Longwy, ça s’appelle … c’est de là que je vous écris, de ce trou du cul du monde qui il y a trente ans organisa la première insurrection sociale, justement appelée les événements de Longwy. Vous ne pouvez pas l’avoir oublié… comme Carmaux, comme Fourmies, il y a Longwy. En ce temps-là… Very Great Escrok (VGE) trônait tandis que Raymond la Science, le meilleur économiste que la France ait produit, prix nobel de la fatuité et de la démocratie libérale avancée (si, ça s’app’lait comme ça !…) flatulait à tous vents !

 

L’époque était à mettre 80 000 personnes dans les rues de la bonne ville de Metz, conservatrice jusqu’à l’outrance et à inventer des formes de luttes prodigieuses : attaques de commissariats, de banques, de préfectures, d’ambassades, etc. Le chiffon était rouge et gueulé à pleines gueules par des milliers de métallos. Le crassier de Longwy se payait des airs de  Fudji Yama avec son SOS emploi en guise de couronne d’épines. On n’a pas oublié…Le fond du trou était plein de m… et VGE allait traîner ça sous ses pompes-moi-le dard jusqu’à la bavure du 10 mai 1981.

 

Après la casse barriste, ce fut la torgnole Mauroy et puis la fessée Fabius… Aujourd’hui le trou de cul du monde est propre comme un sou neuf. Les casques des sidés sont au musée du fer de Neufchef et Sarko vient faire du gringue à Gandrange  là où trente ans plus tôt les Longwy avaient été mutés ; la preuve que VGE et Sarko sont faits du même Mittal. A si pourtant il y a une bonne nouvelle en Lorraine : on ferme des casernes pour en faire des campus pour crânes d’œufs. Excellents avec de la ciboulette !…

 

Petit info de dernière : Les événements de Longwy font l’objet d’une parution exceptionnelle sous la forme d’un agenda thématique : les Feux volés, édité par une petite maison d’édition citoyenne et alternative née à Longwy, Paroles de Lorrains. Contacts : Paroledelorrain@orange.fr. Tél : 06 28 81 73 23. Tél: 03 82 26 78 96. Prix sur commandes groupées.

 

 Le Hezo

 


LES SUCETTES D’ANNIE

 

 Il y en a un qui aura bien mérité de la nation… C’est le ministre de l’éducation, Xavier D. Pour cacher une politique au sabre haut, voilà qu’il réinvente la sucette pour Annie (en classe terminale) et toutes ses copines… Annie aime les sucettes c’est sûr ; à cet âge là ma pauvr’ dame, c’est qu’elles sont émancipées les coquines, comme dirait l’ex-abbé d’Uruffe. La première de la classe aura droit à une sucette en sucre d’orge, habillée d’or ; la seconde, une sucette à la menthe en argent et la troisième, une qui s’use (suce…) jamais : en bronze massif !

Les trois fifilles seront appelées sur l’estrade et tandis que leurs jeunes consœurs s’égosilleront dans des cantiques papaux, elles se verront épingler sur leurs petites poitrines (quoique…) des médaillettes en peau de zébi, signes avant-coureurs de la décadence… Xavier cédera la place au président déglin-glin gai pour un grand discours sur l’école privée et obligatoire. Quant à Xarcos, il recevra un pot de chambre sur la tête en forme de bonnet d’âne… « pour cette idée géniale que le monde nous envie ».

Furious Jack (Lang) dira tout haut que la prochaine fois, il ne trahira pas ses amis… c’est dire son courroux. Un cortège énorme d’enseignements se formera dans les rues… 250 militants sous une immense banderole :  « La décadence ne passera pas par nous… » Ce qui fera rigoler tout le monde évidemment… 

PS : Je connais des mecs de banlieue qui vont faire fondre leurs médailles en  or pour s'acheter du shit !!!

 

Le Hézo.

 

Ici tout ce qui nous irrite et dieu sait qu'il y a beaucoup....

 

Parue sur le blog de GJ Le Hezo : http://colererouge.over-blog.com

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DU VENT !

 

« Un vent de fronde souffle sur les éoliennes en France. » C’était dans le Monde il y a peu. Et bien mazette, ça va nous faire une vraie tempête… Quelque chose comme Ouragan sur le Quercy.  Inutile de dire que nous,  à Paroles de Lorrains, on est pour sans restrictions. Et pas seulement parce que nous sommes des Don Quirotte à la recherche de la moindre des utopies. Nous savons que toute entreprise humaine est par nature…anti-écologique ou pour faire simple : sale. L’imprimerie est plus que toute autre industrie l’une des plus salissantes. Alors quand on s’est penché sur nos premiers bouquins, on a choisi de faire autrement : encres non polluantes, papier provenant de forêts à gestion contrôlée (type FSC), respect des rapports humains au travail…  On a cherché et trouvé l’une des rares éco-entreprises de Lorraine qui pouvait nous garantir ces normes sur lesquelles nous ne voulons pas déroger… C’est l’entreprise  Lorgé située à cheval sur la frontière franco-belgo-luxembourgeoise, à Longlaville (54),qui a été choisie… On peut joindre Jean-François,  le big boss,  ou Franck, l’infographiste, au 00 32 63 21 50 50.

Donc les éoliennes, ça nous concerne… et on va pas se gêner pour le dire. On préfère voir ces grandes ailes déployées dans notre beau ciel gris que les épouvantables tours du Tricastin… qu’on préfère, nous, boire cul sec. J’ai vu l’aut’ jour au fenestron une bourge bien  propre sur elle déclarer que c’était honteux, car des tours de son château elle voyait des éoliennes ! Fouchtra, j’ai pensé, on devrait lui foutre une Tchernobyl sur son horizon… Une vraie merde à radons actifs…

Qu’est-ce qu’on a pu entendre comme âneries à propos de ces grands oiseaux, fatulées par des docteurs m’abuse de tous poils. Tiens en v’la une…Et si une pale venait à se détacher ? Et puis une dernière pour la route… Vous devinerez   jamais qui a pondu une philippique anti-éolienne. Ce bon  VGE soi-même. Oui le grand nigaud qui fit président au moyen-âge… Giscard, l’homme des vrais brillants, fort connu pour ses avions renifleurs…Ça y est vous voyez où je veux en venir : le vent et les avions renifleurs… La farce sent le moisi… Serait-ce un pet ?

Le Hezo.

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CIRCULEZ Y A RIEN A LIRE !

 

Longwy sans fête du livre ?! 2008 restera sans doute comme une année de plomb pour tous ceux qui ont entre les deux oreilles autre chose qu'une bafle à décibels.  A une époque où les Longoviciens continuent à noircir des pages, l'événement Livre d'octobre est passé tout simplement à la trappe... On objectera côté mairie que la bibliothèque Chénier étant fermée, et bien, on n'a plus de lieu pour prêcher la bonne parole de l'écrit. Une manière de se donner bonne conscience sans doute... à moins que le livre fasse peur car forcément, il n'y a que des gens de gauche qui écrivent, qui publient  et qui ouvrent des ouvrages pour faire autre chose que du coloriage...

 

Ce n'est pas une opposition frontale (comme à Orange ou à Vitrolles) mais c'est presque pire... On s'en tape comme de son premier journal de Mickey. Pour la culture, on se contentera d'un concert bien bourge tous les trente-six du mois - un dimanche après-midi très chère, after tea  -, du bruit dans les rues après le coucher du soleil et éventuellement des bacs à sable... pour être morgane de toi sans doute ! Dès que j'entends le mot culture, je sors ma calculette, doit penser l'édile le plus haut gradé dans le grade le plus élevé de la ville.

 

Les cultureux, combien de légions ? doit se demander ce pro de la politique, fervent admirateur sans doute des néocons américains qui  nous ont foutu dans la panouille que l'on sait. Heureusement, d'autres élus ont relevé le gant... ceux de Longlaville notamment. Paroles de Lorrains y était le dimanche après-midi...  Un début de réponse ? La culture à Longwy, comme autrefois la sidérurgie, redevient un combat... Je ne suis pas sûr qu'il faille s'en plaindre.

Le Hezo.

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LES FENOUILLARDS

 

Je ne serai jamais de ceux qui crachent dans la soupe… en traitant les hommes politiques de vendus, de pourris et autres noms d’oiseaux. Certes, ils ne sont pas tous blanc-blanc nos représentants et certains ont de leurs fonctions  une idée assez sonnante et trébuchante… mais globalement ils ont plutôt les mains propres. Ce n’est pas là-dessus qu’ils sont haïssables. C’est sur leurs promesses de campagne… cette espèce de glu qu’ils nous ristournent à pleines pages de tracts qu’ils bourrent dans nos boîtes à lettres malgré l’avertissement de ne rien jeter d’encombrant ni d’inutile dans la sus-dite… A gauche souvent on promet le Pérou sans avoir la thune. Et ça finit en déception.  A droite on flingue au taser tout ce qui se prétend de gauche… A Longwy après le virage droitier, de mars dernier, on est en pleine hystérie anti-associations, prétextant bien sûr que les caisses sont vides et que les dilapidateurs, c’est les autres… « tout ça, c’est  à cause d’eux… » Technique bien connue du bouc émissaire. Car voilà le pot aux roses dévoilé… on commence par supprimer ce qui fleure trop l’ancien régime, puis on offre quelques sucettes (on prête une salle, on fait une affiche, on envoie un/une adjoint (e) inconnu (e) à une manif, on affirme urbi et orbi qu’on vous aime associations et on file in fine quelques écus, de quoi payer les timbres…), puis dans cinq ans on se rabiboche avec celles des assoces qui seront pas crevées et qui auront fait amende honorable.

Cela s’appelle du clientélisme puisqu’on se fout comme d’une guigne du produit fini, du travail social ou culturel de l’assoce, de son  parcours, de sa démarche citoyenne ou alternative…  Seules comptent les retombées électorales éventuelles. Si vous voulez une thune les aminches, venez vous agenouiller devant le maire Fenouillard et louez ce père urbain qui vous fait la mendicité de sa mansuétude.  Exécrable attitude ? Regardez autour de vous… Des Fenouillards, il y en a plein dans nos mairies… Longwy ne fait pas exception à la règle et cela bien sûr ne nous rassure pas.

 Le H.

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LE SOLDAT

 Un type l’autre jour au téléphone m’a appelé le soldat ! « Tiens v’là le soldat. » Cela faisait au moins trois ans qu’on ne s’était pas parlé. Et puis là d’un coup : salut soldat !  Pour un antimilitariste notoire et pas honteux de l’être, Lorrain content que l’on  fermât ces vieilles casernes bigornées par l’ennui et les cuites hebdomadaires, objecteur de conscience, et tout le toutim, écoutant en boucle le déserteur, se faire appeler «  soldat », c’est un coup à tomber de son mirador… Il m’a coupé la chique le madré, ce qui n’est pas un mince exploit quand on connaît ma générosité verbale…

 

Et puis j’ai réfléchi à cette « médisance », à cette « grossièreté », à cette « incongruité » pour me dire que par ma foi… « se faire traiter de soldat par un homme libre et qui ne l’est pas moins, soldat, ben c’était plutôt un compliment… »  On arrive à un âge où la sagesse devrait prévaloir, où le poids des ans et le côté chenu de la tête devraient vous inciter à boire votre Evian (l’alcool étant interdit par la faculté) avec componction… à vivre calmos à côté d’une épouse depuis si longtemps… et puis paf une connerie glanée dans votre journal local, une info  tordue piquée au fenestron, vous met en transes…

 

Soldat pourfendant toutes les bêtises du monde politique, vous n’arrêtez pas de ferrailler à droite comme à gauche. Soldat, emporté par les malheurs du monde, vous braillez contre la gabegie de ces milliards injectés dans un  système en folie. Soldat combattant d’un ordre sans ordres, d’un système sans système, d’un pouvoir sans pouvoirs. Soldat sans fusil… bataillant avec la seule arme de sa foi en l’homme ; ne livrant aucun combat qui puisse blesser quelqu’un ; préférant la fuite aux coups de poings… Ne tolérant pas l’intolérance. Soldat qui a connu la trahison mais ne l’admet pas…

 

Qui préfère la chanson de Craonne et le Temps des Cerises à « nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus… »  

Soldat de la paix ; casque bleu de l’amour… Soldat de la fraternité… Refusant de porter l’uniforme et de marcher au pas.  Avec si vous le permettez en cadeau cette (très) belle chanson de Francis Lemarque :

 

Fleur au fusil tambour battant il va
Il a vingt ans un cœur d'amant qui bat
Un adjudant pour surveiller ses pas
Et son barda contre ses flancs qui bat
Quand un soldat s'en va-t-en guerre il a
Dans sa musette son bâton d'maréchal
Quand un soldat revient de guerre il a
Dans sa musette un peu de linge sale

Partir pour mourir un peu
A la guerre à la guerre
C'est un drôle de petit jeu
Qui n'va guère aux amoureux
Pourtant c'est presque toujours
Quand revient l'été
Qu'il faut s'en aller
Le ciel regarde partir
Ceux qui vont mourir
Au pas cadencé
Des hommes il en faut toujours
Car la guerre car la guerre
Se fout des serments d'amour
Elle n'aime que l'son du tambour

Quand un soldat s'en va-t-en guerre il a
Des tas de chansons et des fleurs sous ses pas
Quand un soldat revient de guerre il a
Simplement eu d'la veine et puis voilà...

Nouvelles provinciales 7

 

DIMANCHE CALIN OU PRESQUE…

 

Benoîtement installé dans mes chaussons à pompons en ce dimanche matin, je me prends à rêver d’un monde fraternel et humain, convivial et gai, dénervé de toutes crises, loin  des foutages de gueule de le politique qui voit un président béni-bouffe-tout déraper de plusieurs millions d’euros dans la gestion  de sa petit épicerie de campagne (l’Elysée veux-je dire) tandis que des traîne-gamelle, sans nom, sans toit, sans faffs, sans rien que des grands yeux de cockers pour chialer sur la misère du monde poussent des caddies trois fois vides dans des magasins bourrés de choses inutiles. Loin des grands baiseurs du FMI qui profitent de leur situation pour tringler dans les coursives de leurs châteaux… qu’attend Sinclair pour le limoger comme un palefrenier ? Loin de ces merdeux qui tous les jours nous emmerdent au fenestron avec leurs conseils, leurs morales à la mords-moi-le-nœud, leurs oukases, leurs tapieneries vulgaires… j’en aurais tant à citer à droite comme à gauche, que je préfère ne pas écorcher ma plume.

J’ai rêvé d’un dimanche matin doux comme une framboise que je mangerais en pensant à toi ; comme le satiné de ton ventre quand tu me l’offres comme une friandise ; comme la pomme ramassée au verger et qui fronce les sourcils de sa jolie peau d’ambre… J’ai rêvé d’un monde joli comme une amitié sans faille, comme un amour naissant mais qui ne fera pas de bruit ; ne détruira rien… ; un amour à petits pas… qui mange les yeux dans les yeux des bouillons de bœuf… Mais merde que vois-je dans la gazette ? Horreur et damnation !… Mon petit hyper de Longwy-Haut (54) qui a pris le nom de l’architecte de Louis XIV a décidé d’ouvrir le dimanche matin… Foutre d’épicier ! 

Pendant que moi je roule mes orteils dans mes charentaises à pompons, i’en a des… qui poussent honteusement des  caddies dans des travées vides tandis que des hôtesses de caisse s’ennuient à crever…Bon dieu mais quelle honte ! On ne peut pas nous foutre la paix… Le consumérisme, cette jambe pourrie du capitalisme,  ne peut continuer à nous faire ch… comme ça… A nous poursuivre jusque dans l’intimité de nos journées consacrées aux seuls seigneurs qui vaillent, nous… Faut boycotter, mon petit père… Faut lancer un cri d’alarme : N’allez pas cautionner un tel produit de la décadence ! Ceci dit, moi, j’en profite pour retourner au page… vouant tous les épiciers du monde au knout et à la roue.

 

Le H.

 Nouvelles provinciales 8

 

Les Feux volés : un succès sans précédent.

 

« A une époque où l'on est plutôt « vieilles pierres » que mémoire collective (on préserve les contre-mines de Vauban mais on se contre-fout du trentième anniversaire des événements de Longwy), il est intéressant d'apprécier à sa juste valeur l'indéniable succès de l'agenda@lmanch Les Feux volés sorti par la petite maison d'éditions Paroles de Lorrains basée à Longwy. Son tirage de 1000 exemplaires était fait comme on dit pour tenir la route ; c'est à dire pour tenir jusqu'à l'an nouveau, voire même un peu au-delà dans la mesure où un agenda ne commence à servir qu'après les congés … Les Feux volés achèvent leur cycle en affichant une réussite sans précédent (il en reste très exactement 82...et aucun retirage n'est prévu) prouvant peut-être que sous la cendre froide se cachent encore les braises chaudes de la contestation sociale... 

… « Ce succès qui étonne les concepteurs du livre montre aussi que malgré la volonté des uns et des autres de vouloir gommer toute mémoire collective sur le sujet (le lancement du livre sur ces événements de Longwy s'est fait par exemple à Longlaville grâce à l'obligeance du maire...), cette belle histoire commune continue à trotter dans la tête. Comme Jacques Chérèque, le ministre-préfet, qui n'avait pas réussi à extirper le haut fourneau de la tête des Longoviciens, les élus de tous poils ne sont pas parvenus à faire de Longwy un ground zero de la sidérurgie. A l'exception de quelques totems disséminés ça et là aux entrées et sorties de ville et bien sûr le haut fourneau couché, dans un piteux état, tout a été fait pour oublier le tsunami social des années 79 et 84.

« Qu'on ait rasé une région toute entière, qu'on ait aboli tout ce qui en faisait sa fierté, n'a selon les nouvelles autorités aucun sens, aucune réalité... Pour tout dire, on s'en fout... Le passé n'a pas d'avenir, selon l'antienne des tenants d'une économie de marché tournée vers le consumérisme le plus absolu et la brièveté des souvenirs. Tout ce qui ne se vend pas n'a pas de raisons d'être. Sans cet espace de mémoire collective, Longwy est une ville décervelée qui n'a en soi pas de sens... On ne comprend pas le paysage sans imaginer les fonds de vallée occupés par des hauts fourneaux et des trains finisseurs (voir ce qu'en disait la Fondation Universitaire Luxembourgeoise d'Arlon...)... Mais sait-on encore comment et où on fabriquait de l'acier à Longwy ? On n'est aujourd'hui même plus capable de faire la différence entre la fonte et l'acier, alors...

« Je me souviens avoir un jour participé à une émission de France culture qui s'était décentralisée sur la Place Darche à Longwy-haut. Le responsable de l' EPFL de l'époque invoquait la nécessité de tout raser afin de reconstruire pour tenez-vous bien que « le patron qui viendra à Longwy ne voit pas tous les jours les ruines de son passé »... On en est revenu bien sûr des patrons qui viendraient à Longwy investir... mais on a quand même tout détruit au motif que s'il advenait que... Uckange et Esch-Belval ont réussi ce que Longwy n'a pas pu, pas su ou pas voulu faire. La ville-phare, la ville-symbole qui met ses syndicats au pain sec, piétine dans le sable en été et glisse en hiver... et « les poteries  » (c'est comme cela qu'on appelle les émaux du musée) vont un jour ou l'autre rejoindre les fers à repasser...

Les objets ont plus d'importance que les hommes qui trouveront peut être un jour un support en plexiglas pour rappeler leurs exploits... Mais le succès sans précédent des Feux volés (qui en appelle d'autres et nous en ferons) est un démenti cinglant à tous les prophètes en souliers vernis qui vont par les rues avec des règles à calcul dans la tête. Longwy ne se quantifie pas mais se qualifie... Nuance. Longwy, c'est tout à la fois les contre-mines (importantes...) mais c'est aussi cette grande et belle histoire collective qui nous a fait ce que nous sommes au travers des siècles. L'oublier, c'est renoncer à ce que cette ville que nous aimons (même si nous n'aimons pas ce qu'elle devient) atteigne à sa vraie dimension... Tous les boulons ont été démontés (référence à la phrase de Marcel Mousley faussement attribuée à Mitterrand...) mais il reste à reconstruire une vraie maison du fer et du savoir fer de et à Longwy... Un autre pari que rassembler fers à repasser et poteries en émaux à la banque de France.

Nouvelles provinciales 9

 

Ode à Louise Michel

« Je suis allé sur ta tombe, amie ! L’automne déjà sévissait sur Paris. Les rues sentaient le soufre et la cordonite. C’était d’une tristesse infinie. La grisaille était partout à la fête. Les chiens crevés, la panse bleue, flottaient sur la Seine. Les bombes aujourd’hui se fabriquent dans les têtes et explosent dans les consciences. Nous sommes si seuls, tu sais, Louise. Ce sont les états qui sont devenus terroristes. Ils tuent à l’échelon de la planète. Ils ont organisé le crime à la dimension d’un continent… Il n’y a plus de sagesse de la mort. On ne sait plus mourir en brave. On tue au nom d’un dieu repu… l’espérance est pleine de lambeaux de chair. Le sang est partout mais c’est celui de la suffisance ! On crève en grand nombre mais de rien… Pire on tue les enfants dans les bras de leurs parents ! … »

« Je suis allé sur ta tombe, amie ! Et j’ai pleuré ! O presque rien, bien évidemment. C’est pas des larmes sur la fuite du temps ou des conneries comme cela, des cochonneries petites-bourgeoises, c’est pas des larmes sur la vieillesse qui me fait des rictus aux carreaux, c’est pas sur le poids des révolutions ratées… c’est pas sur moi, c’est pas sur toi, c’est pas sur nous…c’est pas sur le rien des jours, sur le trop peu des nuits… c’est pas sur les absences, c’est pas sur les incertitudes, ni sur la gloire éteinte…J’ai pleuré, Louise, parce qu’il n’y a plus d’amour nulle part ! »

« Même sur ta tombe, Louise, il n’y avait pas de souffle. Rien qui ne venait de l’intérieur. Comme si tu étais vraiment morte ! Pour de bon. Que ce n’était plus du jeu ! Que les enfants que nous sommes étaient enfermés dans des prisons plus grandes qu’eux ! Viendra un temps où l’homme ne sera plus qu’un coupable, qu’un fauteur de trouble, qu’un suspect…qu’un salaud ! On est tous des salauds en puissance parce qu’on ne respecte pas le système. Le fric Louise, voilà ce qui glorifie le monde ! »

« Viendra un temps où nos enfants n’auront plus aucune innocence. Un fils d’immigré sera le bourreau de ces espérances. Il construira des « enceintes fortifiées » pour que les petites Louise Michel, les dérangeantes, les petites folles de mai, les petites guêpes aux dards d’argent, soient claquemurées, soient emprisonnées… soient violées dans leur foi ! Nous serons des étrangers, des clandestins dans notre propre pays. Tous coupables pour satisfaire aux molochs de l’opinion publique. Voilà le monde dans lequel évolueront les fausses consciences quand les petits nicolas auront pris le pouvoir… »

Guy-Joseph Feller.